Nouvelle-Zélande

Rendez-vous avec Ian et ses kiwis

Voir un kiwi dans la nature… Qui n’y a jamais songé? Nous avons eu la chance exceptionnelle de passer une soirée à traquer l’oiseau emblématique de la Nouvelle-Zélande avec Ian Cooper. Une rencontre qui restera à jamais graver dans notre mémoire.

Il est 17 heures, la dame du DoC raccroche le téléphone et nous lance: « Vous êtes des chanceux, deux personnes viennent d’annuler et vous pouvez vous joindre au groupe de ce soir. » Le rendez-vous est fixé, à 19h, à Okarito Lagoon. « Impossible de rater la maison de Ian Cooper », nous dit encore la dame. On se met en route, le sourire aux lèvres. Ce soir c’est un peu Noël avant l’heure. On va peut-être pouvoir vivre une expérience que même certains Néozélandais n’ont pas réalisé: rencontrer un kiwi dans la nature.

Kiwi_OkaritoLagoon

A 18h50, on arrive chez Ian Cooper. Personne n’est là, à part une poule qui n’a pas l’air de se soucier de nous. Puis Ian fait son apparition. Il nous regarde de haut en bas avant de nous annoncer qu’avec ces habits, nous n’irons nulle part… On enlève nos vestes qui font du bruit (on pensait pourtant être discrets) et on enfile les polaires à disposition. Je vais en prendre deux… Ian se marre, je ressemble à un bonhomme Michelin avec tous ces pulls.

Les autres arrivent. Nous serons un groupe de 8 personnes.

Il commence par nous expliquer que ce soir, le mot d’ordre est la patience. Beaucoup de patience. Apercevoir un kiwi dans son environnement naturel, sans qu’il soit dérangé par notre présence, c’est presque mission impossible.

Il fait encore jour. Ian en profite pour nous donner les consignes et nous expliquer sa façon de procéder. Muni d’une antenne, il peut déceler la présence des kiwis qui se trouvent dans les parages. La nuit commence à tomber, c’est l’heure d’y aller. Tout le montre trépigne d’impatience, Beaumont, la femelle n’est pas loin. On se met rapidement en position les uns à côté des autres et puis on reste immobiles et silencieux. Ce soir, on tire tous à la même corde et ce n’est pas le moment d’éternuer, ni de se gratter. C’est difficile, je crois que nous sommes dans une zone marécageuse et les moustiques ont senti la viande fraîche… J’essaie de ne pas bouger. Je les entends voler près de mon visage, autour de mes oreilles. Ian nous fait signe, la femelle kiwi s’approche. Il faut rester concentré. Le temps passe lentement, les moustiques continuent de nous attaquer. J’essaie de remonter mes mains vers mes oreilles sans faire de bruit. Satanés bestioles. Beaumont est toujours près de nous, mais ne se laisse pas apercevoir. Nous restons là, une heure, puis deux, avant de nous enfoncer plus profondément dans le bush. Nous parcourons quelques kilomètres les uns derrière les autres. Il fait nuit, la seule lumière que nous avons est celle de la lune et des étoiles. Une heure s’écoule encore. En vain.

La chance ne nous sourit pas. Toujours en silence, Ian nous fait signe de rebrousser chemin. La soirée semble mal partie. Il nous reste une seule chance, BZ, le compagnon de Beaumont est dans les parages. Le seul problème, c’est qu’il est plutôt peureux. Ian nous demande de nous mettre en ligne, les uns à côtés des autres. Nos épaules se touchent et nous restons silencieux. Nous sommes sur la route, les yeux rivés sur le bush. L’attente encore. Il commence à faire froid et j’ai honte, mais je commence à m’endormir… Je me concentre, il ne faut pas bouger, pas faire de bruit. Je reste immobile tant bien que mal et puis tout à coup Ian nous fait signe d’avancer très vite.

C’est à nouveau le silence, mais bouger m’a un peu réveillée. On scrute le bush et puis tout à coup, on entend un clic. Ian nous montre un buisson mais on ne voit strictement rien. Le kiwi est là. A quelques mètres. L’adrénaline monte. Je croise les doigts. Encore des bruits de métal contre les cailloux mais rien. BZ est un timide, nous le savons. Il ne se montrera peut-être pas. Je sens l’impatience de mon voisin de gauche, Raphaël est immobile. Puis tout à coup, il décide de sortir. Un kiwi, un vrai! Juste là, à quelques mètres de nous. Ian l’éclaire avec sa lampe infrarouge qui n’est pas censée déranger les animaux. Il vaque à ses occupations, picore le sol et moi j’ai une larme qui coule sur ma joue. Raphaël m’attrape la main et serre très fort. Ce soir, on a vu un kiwi sauvage.

Le moment aura peut-être duré quelques secondes ou quelques minutes. BZ repart dans les buissons, Ian éteint sa lampe et nous fais signe d’avancer. On regagne le parking toujours en silence.

Tous réunis autour de Ian, nous avons enfin le droit de parler. Il nous explique que la soirée a été longue, que nous avions été une équipe en or et que nous allons retourner à Okarito Lagoon. Dans la voiture, on parle du kiwi, on remercie Ian encore une fois. On parle encore du kiwi. La soirée est tellement belle qu’on n’a pas envie qu’elle s’arrête. Puis vient le moment où on se sépare. On remercie encore et encore Ian pour cette expérience extraordinaire. Il est 1 heure du matin. Aucun doute, tout le monde fera de beaux rêves ce soir…

 

Quelques questions à Ian Cooper

IanCooper_KiwiVous êtes originaire d’Angleterre, comment vous êtes-vous retrouvé à Okarito Lagoon?

J’ai fait un tour du monde sac au dos dans les années 98-99. Quand je suis arrivé en Nouvelle-Zélande, j’ai pris une carte du pays et j’ai décidé d’aller visiter les endroits reculés et les petits villages. Un trajet en stop plus tard, je suis arrivé à Okarito et je suis resté au « Royal Backpackers » pour deux nuits. La tenancière travaillait très dur et je lui ai proposé de rester comme WooFer en travaillant pour mon logement et ma nourriture. Après un moment, je me suis dit qu’Okarito était vraiment un endroit sympa pour vivre et je suis resté.

Comment s’est passé votre première rencontre avec un kiwi? 

J’ai rencontré un Rowi (Okarito Brown Kiwi) pour la première au sommet du Pakihi lookout. J’étais assis et j’attendais patiemment quand j’ai entendu des bruits de pas dans le bus. C’était comme si un être humain marchait dans ma direction. J’ai eu un peu peur et en même temps c’était tellement excitant. Les buissons ont bougé et puis un kiwi est apparu. J’étais accro!

Qu’est-ce que les kiwis ont de si spécial?

Cette première rencontré a été comme un déclencheur. J’ai continué à retourner à cet endroit et j’ai rapidement appris à reconnaître les habitudes, les mouvements et les bruits des oiseaux. J’allais observer les oiseaux et je passais des nuits incroyables tout seul. J’ai eu une idée ou plutôt un rêve, celui de partager mes observations nocturnes, un rêve d’accroître l’intérêt pour les kiwis, un rêve de pouvoir vivre de ma passion dans cet endroit magnifique.

Pour quelle raison trouve-t-on des kiwis à Okarito?

Les Rowi sont très différents des autres kiwi. On les a séparé en 1994 après avoir remarqué que leur code génétique n’était pas semblable, ils sont uniques. On les reconnaît grâce aux petites taches blanches qu’ils ont sur le côté de la tête.

Vous travaillez main dans la main avec le DOC. Qu’est-ce qu’ils font exactement pour tenter de réintroduire le kiwi à Okarito?

Le Département de conservation fait un excellent travail pour protéger le Rowi. Un programme a été mis sur pied pour récupérer les œufs juste après la ponte. Les œufs sont ensuite incubés et ils éclosent au Kiwi Wildlife Centre à Franz Joseph. Une fois que les oisillons sont un peu plus âgés, ils sont envoyé sur une île (Motuara Island) pour qu’ils atteignent un poids de 1,2kg. Cette taille leur permet de se défendre seul contre la plupart des prédateurs.

Les kiwis n’ont qu’une chance de survie de 5% s’ils sont laissé avec leurs parents alors que leurs chances atteignent 95% si les œufs sont ramassés.

Œuf de Kiwi.

A big thank you to Ian Cooper for his passion, his work with the kiwis and the environment, for the time he took to answer our questions and for both pictures that he provided us. Keep up with your amazing job and long life to the Rowi!

Merci à Ian Cooper pour sa passion, pour son engagement envers les kiwis, l’environnement, pour le temps qu’il a pris pour répondre à nos questions et pour les deux photos qu’il a mis à notre disposition.


Okarito Kiwi Tours
  53 The Strand, Okarito Lagoon, South Westland
  +64 3 753 4330
  75$ par personne pour une sortie de 3 à 5 heures.
Nombre de participants limités, réservations obligatoires.


Photos © Prenez Place et Ian Cooper. Tous droits réservés.

 

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2 comments
  1. totheedge Répondre
    3 mars 2016 à 15 h 15 min

    Quelle expérience géniale ! J’aurai adoré voir ça !

    1. Letizia Répondre
      9 mars 2016 à 8 h 07 min

      On ne l’oubliera jamais, c’est une chose qui est sûre! Il ne vous reste plus qu’à y retourner 😛

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